jeudi 23 février 2017

L'immeuble Christodora - Tim Murphy

Quatrième de couverture :

Un roman kaléidoscopique qui retrace la vie d'un certain New York, de l'anarchie des années sida aux hipsters de demain.

New York. Milly et Jared, couple aisé animé d'ambitions artistiques, habite l'immeuble Christodora, vieux building de Greenwich Village. Les habitants du Christodora mènent une vie de bohèmes bien loin de l'embourgeoisement qui guette peu à peu le quartier. Leur voisin, Hector, vit seul. Personnage complexe, ce junkie homosexuel portoricain n'est plus que l'ombre du militant flamboyant qu'il a été dans les années quatre-vingt.

Mateo, le fils adoptif de Milly et Jared, est choyé par ses parents qui voient en lui un artiste. Mais le jeune homme, en plein questionnement sur ses origines, se rebelle contre ses parents et la bourgeoisie blanche qu'ils représentent.

Milly, Jared, Hector et Mateo, autant de vies profondément liées d'une manière que personne n'aurait pu prévoir. Dans cette ville en constante évolution, les existences de demain sont hantées par le poids du passé.


New York est une ville que j'aime beaucoup et quand elle a une place importante dans un roman, comme dans Le Pactole ou Le Chardonneret, je suis attirée. Mais L'immeuble Christodora est bien plus qu'un roman à saveur new yorkaise, c'est un roman absolument nécessaire pour ne pas oublier la lutte que plusieurs groupes ont mené alors que l'épidémie du sida faisait rage.

Lors que le récit commence et que nous rencontrons les habitants du Christodora, nous sommes en 2001 mais c'est grâce aux nombreux allers-retours dans le temps que nous apprenons véritablement à les connaitre. Le courant n'a pas passé tout de suite entre eux et moi. J'ai dû être persévérance mais ça a vraiment valu le coup. J'ai aimé découvrir les liens qui les unissaient et ceux qui ne me paraissaient pas attachants de prime abord ont su me toucher plus tard.

Le contexte de la fin des années 80 et au début des années 90 est fort bien décrit et bien expliqué. C'est une sombre époque que je ne connaissais absolument pas. Je ne savais pas à quel point les premiers patients séropositifs avaient vécu la misère. Les préjugés étaient alors très présents dans la population générale et même chez les travailleurs de la santé publique, les chercheurs ou les politiciens. On ne se préoccupait pas du sida qu'on considérait être une maladie d'homosexuels seulement. Les différentes communautés devaient militer sans cesse pour l'avancement des recherches alors qu'on dépensait de grosses sommes dans  d'autres sphères de la santé. Les femmes séropositives étaient aussi de grandes oubliées. On ne considérait pas qu'elles fussent concernées par le sida. Elles étaient exclues des études, des recherches et ne recevaient absolument aucune forme d'aide. 

J'ai vraiment appris plein de choses à propos de ce mouvement dans ce roman très dense. Il est bien écrit et bien documenté. Avec L'immeuble Christodora, Tim Murphy a rendu un brillant hommage aux militants qui ont tout changé et à ceux qu'il a perdu beaucoup trop tôt.

L'immeuble Christodora - Tim Murphy
Éditions Plon 2017
446 pages

dimanche 19 février 2017

Samedi après-midi...

Intéressante conférence de Michel Rabagliati (avec même quelques scoops sur le prochain album de Paul), jolie dédicace et petit détour par l'exposition L'art de la bande dessinée québécoise...

Paul ♥

mercredi 15 février 2017

Rôles de composition - Jimmy Beaulieu

Résumé :

Dans ce nouvel album en couleurs et en grand format, il nous raconte l’histoire d’un couple à travers différents morceaux de son quotidien sur une période de cinq ans. Avec le récit de Noémie et Sarah, Jimmy Beaulieu nous livre une réflexion sur la fidélité, le désir, le contrôle, le renoncement, la culpabilité, le mensonge. Rôles de composition est une oeuvre intime sur le rôle de l’autre dans une relation, sur les rôles que l’on interprète et sur qui l’on est.


Jimmy Beaulieu est un auteur de BD prolifique. Pourtant, je ne l'avais encore jamais lu (mis à part la série Magasin général où il adaptait le texte en "québécois"). J'ai donc emprunté son tout dernier titre, Rôles de composition, sans attente particulière et j'ai beaucoup aimé.

Nous suivons l'évolution d'un couple composé de deux jeunes femmes par le biais de courtes histoires. Dans la première histoire, nous retournons en 2012 lors du Printemps Érable et des manifestations des carrés rouges qui font désormais partie de l'histoire du Québec moderne. Les jeunes femmes étaient alors des étudiantes et de ferventes militantes. C'est l'occasion de nous faire réfléchir sur nos responsabilités sociales, sur l'activisme et le militantisme. Plus tard, l'une d'elles deviendra comédienne. On en profite pour amener des réflexions sur la création et l'art. Vous l'aurez compris, chaque thème exploité apporte son lot de réflexions et c'est est toujours pertinent. Il est aussi question d'amour, de désir et d'infidélité.

Je ne suis pas fan des dessins (par exemple l'actrice allemande supposément très belle a une tête à la Titeuf) mais j'ai passé par-dessus car tout le reste me plaisait. Chaque histoire a sa couleur qui lui est propre. Évidemment, le rouge est associé à la fameuse grève étudiante. La couverture, regroupant toutes ces couleurs, crée une jolie unité.

Bref, Rôles de composition est une belle découverte. N'hésitez pas à me conseiller d'autres titres de Jimmy Beaulieu car je ne sais pas par où commencer... ou plutôt, par où continuer !
Rôles de composition - Jimmy Beaulieu
Éditions Mécanique générale 2016
112 pages

Cette semaine, le récapitulatif des "BD de la semaine" se trouve chez Noukette.

dimanche 12 février 2017

Faire l'amour - Anne-Marie Olivier

Quatrième de couverture :

Le sexe est intrinsèquement lié à la vie-après tout, chaque être humain résulte d'un acte sexuel, désiré ou non. Mais quel est le parcours sexuel de chacun? Pièce de théâtre documentaire basée sur des histoires véridiques, Faire l'amour parle de la force irrépressible du désir, des amours ratées, de la lumière qui jaillit de la rencontre d'âmes soeurs, de vies cristallisées dans la frustration. Un terrain de jeu exceptionnel, pour mourir de rire, se crisper de douleur et faire éclater la poésie.


En cette période de l'année où l'amour est à l'honneur, j'ai le goût de vous parler de ce petit bouquin qui renferme de très beaux textes sur l'amour et la sexualité. Faire l'amour est une pièce de théâtre qui a été présentée à l'Espace Libre à Montréal il y a quelques années. Je n'ai malheureusement pas eu la chance d'y assister mais elle m'aurait fort probablement plu.

Un peu comme pour Chaque automne j'ai envie de mourir (d'ailleurs le nom de Véronique Côté se retrouve sur les deux), on a fait appel à des gens et à leurs expériences personnelles pour écrire ces courts textes. Sous le couvert de l'anonymat, ils ont accepté de partager leurs souvenirs et leurs secrets intimes. La sexualité est le thème commun mais la façon de l'aborder est très différente. Les émotions qu'ils nous procurent le sont aussi. Certains textes sont drôles, d'autres sont tristes. Certains sont touchants, d'autres sont révoltants. Ils sont à l'image de la vie.

Faire l'amour est une pièce de théâtre qui se lit particulièrement bien. Ce n'est ni cru ni osé, juste beau et vrai. Et si vous avez aimé Chaque automne j'ai envie de mourir, vous aimerez, j'en suis convaincue.

Faire l'amour - Anne-Marie Olivier
Éditions Atelier 10 - 2014
112 pages

samedi 4 février 2017

Le prix de la chose - Joseph Elfassi

Quatrième de couverture :

« Quand elle rouvre les yeux, il n'est pas là, elle se sent libre, elle le trouve un peu idiot, elle ne se demande même pas où il est, elle est juste satisfaite d'avoir repris son espace. Debout, au milieu de son salon, contemplant le divan inoccupé, elle sourit.

Il va payer. Ils vont tous finir par payer. »

Louis n'aime rien de plus que le sexe. Il est bouleversé quand il apprend que les femmes exigent désormais une rémunération contre chaque relation sexuelle. Il s'agit du projet de F., un organisme mystérieux voué à l'amélioration de la qualité de vie des femmes. F. mettra aussi en usage « le liquide », qui tue les hommes qui violent…

Une fable jouissive où l'on interroge habilement les liens entre sexe et argent.


Le prix de la chose est un petit livre pigé au hasard sur les tables de nouveautés. Le pitch me semblait très original.

À Montréal, une organisation appelée simplement F. demande à ses membres, uniquement des femmes, de faire payer tous les hommes avec qui elles auront des relations sexuelles. C'est fini le temps du sexe gratuit ! De cette façon, les femmes veulent prendre du pouvoir et le contrôle. Et les hommes qui violeront les membres de cette organisation mourront car elles ont en elles un "liquide mortel" savamment créé qui se déclenche automatiquement lorsqu'elles se sentent en danger.

Ça parle de sexualité, d'argent et de politique, trois sujets chauds, parfois même tabous. Une chose est sûre, ils ne laissent pas indifférent ! Par contre, les personnages auraient pu être davantage développés, ils sont un peu fades. Louis n'est pas un personnage très aimable. Il est insignifiant au possible ! Il aurait aussi été pertinent d'en savoir plus sur Julie qui est à la tête de F. Qu'a-t'elle vécu avant ? Quelles sont ses motivations profondes ? 

Les pistes de réflexion sont intéressantes. Il y aurait matière à faire de bons débats ! Quelques questions demeurent en suspens mais, sommes toute, ça se lit bien et rapidement.

Le prix de la chose - Joseph Elfassi
Éditions Stanké 2016
120 pages

mercredi 1 février 2017

Culottées - Pénélope Bagieu

Résumé :

Margaret, actrice « terrifiante », spécialisée à Hollywood dans les rôles de méchante ; Agnodice, gynécologue de l’Antiquité grecque qui dut se déguiser en homme pour exercer ; Lozen, femme apache, guerrière et chamane ; Annette, sirène australienne qui inventa le maillot de bain féminin… Pénélope Bagieu brosse avec humour et finesse quinze portraits de femmes, combattantes hors normes, qui ont bravé la pression sociale de leur époque pour mener la vie de leur choix.


J'ai eu un gros coup de coeur pour cet album qui brosse le portrait de quinze femmes inspirantes de toutes les époques et toutes les régions du monde !

Les Culottées, c'est 15 femmes qui ont mené toutes sortes de combats pour améliorer la condition des femmes, pour changer le monde ou simplement pour vivre selon leur envie. Si je connaissais certaines des femmes présentées comme la danseuse Joséphine Baker, l'artiste Tove Jansson et l'actrice Margaret Hamilton, la grande majorité m'était complètement inconnue. Les histoires de Pénélope Bagieu sont courtes mais elles donnent vraiment envie d'en apprendre plus sur ces femmes. Je les ai presque toutes "googlées" par la suite ! À ne pas lire trop loin d'une connexion Internet si vous êtes curieuses comme moi !

Les dessins sont beaux, simples et efficaces. Les pages doubles présentes à la fin de chacune des histoires sont sublimes.

Quelque chose me dit que cet album aurait toutes les chances de plaire aux adolescentes aussi. Il leur présenterait de beaux modèles de femmes qui, comme le sous-titre le mentionne, "ne font que ce qu'elles veulent". Ce n'est pas ce que les jeunes veulent faire aussi ?

Il est possible de lire Culottées sur le blogue de l'auteure mais personnellement, je préfère la version papier. J'attends la sortie du deuxième tome maintenant !

Une autre bande dessinée de Pénélope Bagieu sur mon blogue : Cadavre exquis

Les culottées - Pénélope Bagieu
Éditions Gallimard 2016 
144 pages
Cette semaine, le récapitulatif des "BD de la semaine" se trouve chez Moka.

vendredi 27 janvier 2017

Amours - Léonor de Récondo

Quatrième de couverture :

Tandis que son épouse dort paisiblement, Anselme le notaire abuse de Céleste, la jeune bonne, qui tombe enceinte. Pour sauver l’honneur de tous, Victoire décide d’adopter l’enfant. Mais elle n’a pas la fibre maternelle, et le nouveau-né dépérit. En cachette, Céleste va tendrement prendre soin de son petit. Une nuit, Victoire les rejoint dans la chambre sous les combles…


Après La femme qui fuit et Chanson douceAmours est un autre roman qui a remporté un prix soit le Grand Prix RTL-Lire (respectivement une radio et une revue française) en 2015. Je viens également de réaliser que toutes mes récentes lectures portent sur la place des femmes dans la société et sur la maternité plus ou moins heureuse. Il n'y avait pourtant rien de prémédité.

Amours nous transporte en France, en 1908, dans une grande maison bourgeoise où règnent les secrets et les cachotteries. Le maître du lieu, Anselme un notaire, rêve de fonder une famille avec sa jeune épouse Victoire. Bien qu'elle veuille aussi un enfant, elle n'arrive pas à aimer véritablement son mari. Ne recevant pas d'attention de la part de Victoire, Anselme rejoint secrètement sa jeune bonne Céleste dans la chambre à l'étage. Suite aux infidélités répétées, Céleste est enceinte du notaire. Deux employés viennent compléter la maisonnée : Huguette et Pierre. C'est dans ce huis-clos que des amours imprévus naîtront.

L'époque est bien dépeinte ainsi que les différentes classes sociales. Les portraits des deux femmes, Victoire et Céleste, sont très réussis. Elles ont des vies complètement opposées mais aucune d'elles ne se sent vraiment libre ni heureuse. Avec toutes ces conventions, elles sont prisonnières d'un carcan... ou plutôt un corset ! Elles sont unies par plusieurs secrets inavouables. L'histoire est triste mais très belle à la fois. J'ai aussi apprécié l'écriture concise mais douce de l'auteure. Cependant, le revirement de situation est un peu trop surprenant et inattendu. J'ai eu l'impression que l'auteure ne nous avait pas laissé assez d'indices. Il m'a fallu quelques pages pour y croire.

Amours est un magnifique et bouleversant roman sur la place des femmes, la maternité, le désir et l'amour. Je lirai sans doute le premier roman de Léonor de Récondo Pietra viva.

Amours - Léonor de Récondo
Éditions Points 2016
216 pages

mercredi 25 janvier 2017

Zaï zaï zaï zaï - Fabcaro

Résumé :

Un auteur de bande dessinée, alors qu’il fait ses courses, réalise qu’il n’a pas sa carte de fidélité sur lui. La caissière appelle le vigile, mais quand celui-ci arrive, l’auteur le menace et parvient à s’enfuir.

La police est alertée, s’engage alors une traque sans merci, le fugitif traversant la région, en stop, battant la campagne, partagé entre remord et questions existentielles.


Je n'aurais pas choisi naturellement cette BD si je n'avais pas lu de si bons avis. Je ne trouvais pas les dessins particulièrement beaux ni l'histoire de la carte de fidélité particulièrement emballante. Mais, j'aurais eu tort de ne pas y jeter un oeil. Elle se lit d'un trait !

Zaï zaï zaï zaï est différent de tout ce que j'ai pu lire avant. Avec un humour totalement absurde, l'auteur, qui est un fin observateur, se moque complètement de la société actuelle. Il pousse à l'extrême l'individualisme ambiant et dénonce la surconsommation et la manipulation par les médias.

Cette BD a peut-être l'air d'un "gros n'importe quoi" à première vue mais elle fait réfléchir. Je réalise que c'est très difficile d'en parler alors je préfère vous laisser la découvrir.
Zaï zaï zaï zaï - Fabcaro
Éditions 6 Pieds Sous Terre 2015
64 pages
Cette semaine, le récapitulatif des "BD de la semaine" se trouve chez Mo.

lundi 23 janvier 2017

Ma plus récente sortie au théâtre : Table Rase

J'ai assisté à Table Rase une pièce jouée au Théâtre Espace Libre à Montréal. L'année dernière, j'étais déçue de ne pas avoir pu la voir. Dès que j'ai su qu'il y aurait une reprise en 2017, j'ai acheté des billets. Malheureusement, au moment d'écrire ces lignes, les représentations sont terminées. La finale avait lieu samedi. À moins que...

Source : Page Facebook Transthéâtre

Six jeunes femmes dans la vingtaine prennent part à un souper dans un chalet. Mais, ce souper n'est pas comme les autres. Le titre est révélateur : avant qu'il ne soit trop tard, elles veulent faire table rase et tout recommencer pour tenter d'être plus heureuses. Elles se réunissent donc pour changer leur vie. Elles s'y sont préparées en coupant les ponts avec leurs partenaires respectifs, en vendant leurs biens matériels et en démissionnant de leurs emplois. 

Le souper de filles chaotique et vibrant dure une heure trente. Ensemble, elles parlent abondamment de sexe mais aussi de relations humaines, du couple moderne, de la maternité, de dépendances et de maladies. Bref, elles parlent de la vie ! Les dialogues sont très crus mais vraiment naturels. Aidées par l'alcool, elles discutent, s'expriment et crient sans aucune censure.

Le dosage entre les moments humoristiques et dramatiques est parfait. Avec des thèmes similaires, cette pièce m'a rappelé Coco que j'ai vue l'année dernière. J'ai vraiment aimé les deux pièces mais Table Rase est définitivement plus licencieuse et va beaucoup plus loin.

Table Rase est une belle pièce féministe (c'est dit avant notre entrée dans la salle, on ne s'en cache pas) dans laquelle les comédiennes, qui ont co-écrit le texte, se sont tout permis ou presque. Leur complicité est évidente. Du théâtre décomplexé, drôle, touchant, vraiment l'fun !

Source : La Bible urbaine

Table Rase (2017)
Texte : Catherine Chabot avec la collaboration de Brigitte Poupart et des interprètes Vicky Bertrand, Marie-Anick Blais, Rose Anne Déry, Sarah Laurendeau, Marie-Noëlle Voisin
Mise en scène : Brigitte Poupart

samedi 21 janvier 2017

Chanson douce - Leïla Slimani

Quatrième de couverture :

Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d'un cabinet d'avocats, le couple se met à la recherche d'une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l'affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu'au drame. 

À travers la description précise du jeune couple et celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, c'est notre époque qui se révèle, avec sa conception de l'amour et de l'éducation, des rapports de domination et d'argent, des préjugés de classe ou de culture. Le style sec et tranchant de Leïla Slimani, où percent des éclats de poésie ténébreuse, instaure dès les premières pages un suspense envoûtant.


Ce roman a figuré dans bon nombre de bilans de fin d'année. Il ne fait pas l'unanimité mais on a amplement parlé de lui. Il a également remporté le Goncourt 2016. J'étais plus que curieuse !

Je ne vous cacherai pas que les premières pages de Chanson douce sont très dures. Nous sommes sur l'horrible scène de crime, dans la salle de bain des Massé, où les enfants ont été retrouvés sans vie. La responsable, c'est Louise, la nounou qui gît là par terre, vivante mais inconsciente. Après quelques pages, je n'étais pas fâchée que la suite soit un peu plus légère, le temps de reprendre mon souffle.

Louise, personnage mystérieux et dérangé, est évidemment le principal intérêt du roman. Cependant, c'est sa relation avec Myriam qui m'intéressait le plus. Myriam veut reprendre sa carrière d'avocate où elle l'a laissé lorsqu'elle est tombée enceinte de Mila puis d'Adam. Elle est déchirée entre son besoin de s'accomplir professionnellement et celui d'être une bonne mère. Louise, par son expérience et sa discipline, lui renvoie un modèle de femme de maison qu'elle ne peut atteindre. Il y a une certaine tension entre elles alors que pour Paul, le père, la situation est plus simple. Pas de compétition, pas de comparaison non plus. Par la bande, l'auteure aborde aussi les différentes classes sociales, la condition des femmes sans papier, la place des femmes sur le marché du travail, etc.

J'ai apprécié l'écriture rythmée et fluide de  Leïla Slimani. Je garde aussi en mémoire de belles scènes dont le voyage en Grèce de la famille accompagnée de Louise et les promenades au parc où les nounous se rencontrent. Ma petite déception concerne la fin que je n'ai pas trouvée à la hauteur du reste du roman.

Chanson douce - Leïla Slimani
Éditions Gallimard 2016
240 pages