Affichage des articles dont le libellé est Top Roman : mes coups de coeur. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Top Roman : mes coups de coeur. Afficher tous les articles

mercredi 8 janvier 2020

Hiver rouge - Dan Smith

Quatrième de couverture :

Hiver rouge 1920, Russie centrale. La terreur s'est abattue sur le pays. À la mort de son frère, Nikolaï Levitski a déserte l'Armée rouge pour aller l'enterrer dans son village. Mais lorsqu'il arrive dans la petite communauté, perdue en pleine nature, c'est la stupéfaction. Les rues sont vides et silencieuses. Les hommes ont été massacrés dans la forêt alentour, les femmes et les enfants ont disparu. Nikolaï se met alors sur la piste des siens. C'est le début d'une quête aussi désespérée que périlleuse dans une nature hostile, au coeur d'un pays ravagé par la guerre civile.


Hiver rouge, c'est le roman que j'ai dévoré au début des vacances des Fêtes. À priori, ce n'est pas le genre de roman que je lis régulièrement mais des proches me l'avaient chaudement conseillé et prêté. Puis, avec l'hiver qui tardait à arriver en décembre, j'avais le goût de me plonger dans cet hiver rouge en Russie.

Au départ, je craignais ne pas aimer. Le début est lent et plus ou moins enthousiasmant. Nikolaï Levitski, le personnage principal, revient dans son village natal avec son frère décédé (oui, il traîne son cadavre depuis un moment déjà) à dos de cheval. On ne sait presque rien sur lui au départ. Malheureusement, à son arrivée, il ne retrouve ni sa femme ni ses deux fils. En fait, le village est complètement désert. Il se rencontre avec une vieille dame qu'il a connue jadis qui raconte des bribes d'histoires qui semblent être tout droit sorties de son imagination. Tout devient intéressant, environ cent pages plus tard, quand il se résout à quitter à nouveau son village et à partir à la recherche de sa famille. 

Durant son périple, Nikolaï ira de rencontre en rencontre. Mais alors, à qui peut-il faire confiance ? Le récit devient très prenant. J'avais du mal à m'arrêter. En plus, chaque chapitre se termine sur un cliffhanger qui nous donne envie de poursuivre "juste quelques pages de plus". Je ne connais pas beaucoup l'histoire de Russie, ses guerres, l'armée rouge et les Tchékistes mais ça ne m'a pas empêché d'apprécier ce roman. Nous sommes beaucoup plus dans un suspense, un thriller, que dans un roman historique. Il y a un petit côté survivaliste également. Il faut parfois avoir le cœur bien accroché par contre car cette histoire n'est pas exempte de violence de toute sortes. Certains passages sont très durs.

Je suis bien contente d'être sortie de ma zone de confort et d'être allée à la rencontre de ce déserteur de l'armée rouge dans ce roman riche en rebondissements. J'ai adoré.

Hiver rouge - Dan Smith
Éditions 10-18  2016
552 pages

vendredi 25 octobre 2019

Shining - Stephen King

Quatrième de couverture :

Situé dans les montagnes Rocheuses, l’Overlook Palace passe pour être l’un des plus beaux lieux du monde. Confort, luxe, volupté…
L’hiver, l’hôtel est fermé.
Coupé du monde par le froid et la neige. Alors, seul l’habite un gardien.
Celui qui a été engagé cet hiver-là s’appelle Jack Torrance: c’est un alcoolique, un écrivain raté, qui tente d’échapper au désespoir. Avec lui vivent sa femme, Wendy, et leur enfant, Danny.
Danny qui possède le don de voir, de ressusciter les choses et les êtres que l’on croit disparus.
Ce qu’il sent, lui, dans les cent dix chambres vides de l’Overlook Palace, c’est la présence du démon. Cauchemar ou réalité, le corps de cette femme assassinée? ces bruits de fête qui dérivent dans les couloirs ? cette vie si étrange qui anime l’hôtel?


Mes deux dernières semaines ont été consacrées à la lecture d'un classique de Stephen King : Shining. C'est l'un de ses premiers romans et assurément l'un des plus connus également. Il a fait l'objet d'une célèbre adaptation par Stanley Kubrick mais, comme je ne l'ai jamais visionnée, je ne connaissais que les grandes lignes de l'histoire : une famille dans un grand hôtel hanté, un garçon médium et un père qui tranquillement perd la boule… 

Dès les premiers chapitres, je savais que ce roman me plairait. Il possède toutes les qualités de King que j'aime. La psychologie des personnages est travaillée et les liens entre eux sont étoffés. Les plus intéressants sont évidemment Danny et son père Jack Torrance. Danny c'est l'enfant de cinq ans qui possède un Don qui lui permet de voir le passé. Jack est un ancien professeur à l'université qui a été mis à pied suite à une altercation avec un de ses étudiants. Violent, il est aussi alcoolique. Sa femme Wendy a d'ailleurs menacé de le quitter après un épisode de violence envers son propre fils. Elle lui a donné une dernière chance puisqu'il a juré de ne plus jamais boire. L'équilibre familial est précaire cependant. Wendy est suspicieuse et le surveille sans cesse guettant la rechute. 

Ces trois personnages évoluent donc dans l'Overlook, ce grand hôtel dans les montagnes du Colorado, qui devient presque un personnage lui-même. La neige abondante bloquant tous les accès, ils y sont prisonniers pour tout l'hiver. L'atmosphère déjà bien lourde à leur arrivée devient invivable lorsque les phénomènes paranormaux se déclarent. Le lecteur est aussi prisonnier de ce huis-clos oppressant. Le récit est lent mais c'est parfait pour bien saisir la descente aux enfers des personnages. Le dosage de l'horreur psychologique et du paranormal est très bien. Il n'y a que les buissons vivants qui ne m'ont pas trop convaincue. Puis, j'ai une question qui me trotte dans la tête depuis la fin de ma lecture concernant la fin du livre. Sans rien dévoiler mais je peux seulement dire que je me questionne à propos de l'histoire de Grady le précédent gardien… Il me semble y avoir une certaine incohérence.

Bref, Shining est un roman culte qui, je crois, me laissera des souvenirs pour longtemps.

D'autres livres de Stephen King sur mon blogue : Jessie, Carrie, Misery, Salem, Rage et L'Outsider.

Shining - Stephen King
Éditions J'ai lu 1981
576 pages

mardi 24 septembre 2019

N'essuie jamais de larmes sans gants - Jonas Gardell

Quatrième de couverture :


Rasmus fuit son village et l’étouffant nid familial pour se jeter à corps perdu dans sa nouvelle vie à Stockholm, où brille l’espoir d’être enfin lui-même. Benjamin, lui, est déchiré entre le chemin tracé d’avance par son appartenance aux Témoins de Jéhovah et son simple désir d’aimer quelqu’un qui l’aimera en retour. C’est Paul, mère poule pour les gais égarés, qui les réunit par hasard une nuit de Noël. Ils repartiront main dans la main sans savoir que leur pas de deux enfiévré les mènera au bord de l’abîme. Que l’un d’eux tombera sous la lame d’une faucheuse que personne ne connaît encore : le sida.

Magistral hymne à la vie et à la tolérance vendu à plus d’un demi-million d’exemplaires et adapté à la télévision, N’essuie jamais de larmes sans gants documente parfois crûment une époque incandescente et trouble dans une prose sans compromis. Un témoignage aussi déchirant que nécessaire, pour ne pas oublier le chemin parcouru et pour continuer d’avancer, ensemble.


Un an loin d'ici. Je n'écrirai pas un billet pour chaque lecture que j'ai fait depuis plus d'un an mais seulement à propos de mes lectures les plus marquantes. N'essuie jamais de larmes sans gants n'a été rien de moins que ma lecture coup de cœur de l'année 2018 toutes catégories confondues.

À la base, l'auteur suédois a publié cette histoire en trois livres. Ils sont tous réunis dans cette brique qui fait plus de 800 pages. Dès les premières pages, le ton est donné et les émotions prennent le dessus. L'histoire de Rasmus, jeune adulte qui a quitté la campagne pour la métropole, et de Benjamin, jeune homme témoin de Jéhovah, est aussi belle que triste. Dans leur milieu respectif, leur homosexualité est loin d'être acceptée. Avec Paul, Seppo, Lars-Ake, Reine et Bengt, rencontrés au début du roman, ils peuvent être eux-mêmes et vivent enfin la vie qu'ils désirent. Ils forment désormais une nouvelle famille. Avec eux, la vie est belle. Malheureusement, plusieurs d'entre eux seront touchés par ce qu'on appelle alors le "cancer gay" qui est en fait le Sida. Nous sommes au début des années 80 et l'homosexualité vient tout juste d'être retirée du registre des maladies mentales.

Aux États-Unis, le Sida a frappé plus tôt. D'ailleurs, j'avais lu L'immeuble Christodora de Tim Murphy qui aborde le même sujet dans la ville de New York. Naïfs, les suédois ne croyaient pas que la maladie les rejoindrait dans le nord de l'Europe. Les personnages de Jonas Gardell sont donc étonnés lors de l'éclosion de la maladie. L'histoire de Rasmus et Benjamin est fictive mais l'auteur s'est grandement inspiré de sa propre vie et de celles des gens de son entourage. Par contre, l'auteur, qui affirme s'être documenté pendant des années, a aussi pris soin d'intégrer des passages plus informatifs qui nous font comprendre la pensée ambiante à cette époque.

Un an plus tard, j'en garde encore de très vifs souvenirs...

La toute première scène avec les deux infirmières et le jeune homme qui pleure.
Le coup de foudre de Rasmus et Benjamin au réveillon de Noël.
Leur magnifique promenade dans la tempête de neige.
Les séances très crues de sexe dans les toilettes publiques ou dans les saunas.
Le coming-out de Rasmus à ses parents.
La façon de traiter les cadavres des personnes souffrant du Sida.
Etc.

Un roman puissant, dur et bouleversant mais absolument nécessaire.

N'essuie jamais de larmes sans gants - Jonas Gardell
Éditions Alto 2018
832 pages

jeudi 4 janvier 2018

Homo Sapienne - Niviaq Korneliussen

Quatrième de couverture :

Révélant une voix exceptionnelle, Homo sapienne suit la vie de cinq jeunes dans la ville de Nuuk, capitale du Groenland. Ils vivent des changements profonds et racontent ce qui, jusqu’à maintenant, a été laissé sous silence : Fia découvre qu’elle aime les femmes, Ivik comprend qu’elle est un homme, Arnaq et Inuk pardonnent et Sara choisit de vivre. Sur «l’île de la colère», où les tabous lentement éclatent, chacune et chacun se déleste du poids de ses peurs.

Niviaq Korneliussen manie une langue crue, sensible et indomptée. Elle parle du désir universel d’être soi, socialement, intimement, confiante que les cœurs et les corps sauront être vrais.

Née en 1990, Niviaq Korneliussen a grandi à Nanortalik, au sud du Groenland. Homo sapienne marque un tournant dans l’histoire littéraire groenlandaise en rejoignant un lectorat en dehors de la terre natale. Selon The New Yorker, l’écrivaine inuite s’affirme avec ce premier livre comme la «nouvelle étoile du Nord».


Niviaq Korneliussen est la première auteure groenlandaise que je lis. À en croire la préface, ils ne sont pas nombreux à être lus en dehors du Groenland non plus. Sa façon moderne d'écrire et ses thèmes se distinguent de ses prédécesseurs. C'est probablement ce qui explique son grand succès en partie.

Homo Sapienne est divisé en cinq parties distinctes et chacune d'elle porte la voix d'un personnage. Cependant, nous recroisons les personnages dans les parties des autres. Ils habitent tous la ville de Nuuk. Comme sa population est limitée, les personnages se connaissent tous ou, du moins, sont reliés entre eux d'une quelconque façon. Fia, Arnaq, Ivik, Inuk et Sara sont jeunes, amoureux et épris de liberté mais aussi, résignés. Ils forment une génération qui se cherche. Ils se cherchent une identité propre, une identité sexuelle et/ou de genre et une identité en tant que Groenlandais. En attendant, ils fêtent, ils boivent et ils couchent ensemble !

J'ai beaucoup aimé que les voix soient différentes les unes des autres. L'écriture est aussi fluide et crue. Elle est parsemée de phrases anglaises ainsi que de termes d'une langue Inuit du Groenland (toujours traduits évidemment). Ce mélange représente parfaitement cette génération qui s'ouvre sur le monde avec l'anglais mais qui conserve aussi la langue de leurs ancêtres. Je comprends tout à fait que ce roman ait fait tout un tabac là-bas. Toute une génération s'est retrouvée dans ce roman. Et même si je n'ai rien d'une Groenlandaise, j'ai adoré aussi !

Homo Sapienne - Niviaq Korneliussen
Éditions La Peuplade 2017
232 pages

jeudi 30 novembre 2017

Le jeu de la musique - Stéfanie Clermont

Quatrième de couverture :

Un garçon se suicide dans un terrain vague d'Hochelaga-Maisonneuve où souvent il passait la journée étendu au soleil et la nuit à faire des feux. Il s'est levé un matin d'août et s'est pendu à un arbre. Des amis lui survivent. Ils portent sa mémoire et continuent à vivre, à lutter, à aimer, confrontant les amours du présent à ceux du souvenir. Ils racontent les erreurs, les amis perdus, les peurs, les quelques victoires et les explosions de révolte.Il y a les enfances isolées, les hommes violents, la dépression, les années d'humiliation, d'insatisfaction à trop travailler pour trop peu. Il y a les chicanes et les ruptures, entre amis, entre femmes. Mais il y a la vie qui surgit aux endroits les plus inattendus, l'amour encore, la beauté et l'espoir. Et il y a le jeu - le jeu des histoires, le jeu de la musique, et tous ces moments où nous sommes enfin réunis. Depuis l'enfance dans l'Ontario français jusqu'aux squats punks de Californie, en passant par le Montréal des années 2010 tel que vécu par un groupe d'amis composé de militants, de marginaux, de féministes, d'étudiants et de chômeurs qui rêvent d'écrire, Le jeu de la musique est un appel, une ode à la vie et à l'amitié, adressée à celles et à ceux qui ressentent toute la violence du monde, au point parfois d'avoir envie de mourir.


Cette lecture date du mois de septembre. J'aurais pu écrire ce billet bien avant mais je ne trouvais pas les mots justes. C'est une lecture que j'ai adoré sans toutefois pouvoir exprimer clairement ce qui m'a tant plu. C'est un livre fort, aux thèmes sombres, magnifiquement écrit.

Le jeu de la musique
est un roman par nouvelles (un peu comme Autour d'elle de Sophie Bienvenu). Les personnages principaux sont surtout de jeunes femmes qui ont en commun une amitié avec Vincent, le jeune homme qui s'est suicidé dans un terrain vague d'Hochelaga-Maisonneuve. Elles viennent d'Ottawa ou de Montréal et vivent de petits boulots dans des colocations plus ou moins harmonieuses. À travers des nouvelles parfois longues et parfois très courtes, nous les observons errer dans leur vie désillusionnée.

Stéfanie Clermont aborde ou, du moins, effleure plusieurs thèmes comme la dépression, l'alcoolisme, la violence conjugale, le deuil, l'amour et l'amitié. Rien de neuf. Mais c'est par sa construction et son écriture qu'elle se distingue particulièrement. J'ai beaucoup de mal à décrire son écriture. Si j'avais à le faire, je dirais qu'elle est précise, poétique et addictive. Je m'arrêterai ici car je me rends bien compte que je ne trouve toujours pas les bons mots. Ce serait préférable de le lire. Stéfanie Clermont sait trouver les mots, elle.

Le jeu de la musique - Stéfanie Clermont
Éditions Le Quartanier 2017
344 pages

samedi 18 novembre 2017

Manikanetish - Naomi Fontaine

Quatrième de couverture :

Une enseignante de français en poste sur une réserve indienne de la Côte-Nord raconte son univers, celui de ses élèves qui cherchent à se prendre en main. Autochtone, elle tentera tout pour les sauver du désespoir, même se lancer en théâtre avec eux. Dans ces voix, regards et paysages se détachent la lutte et l’espoir.

Innue, Naomi Fontaine a publié Kuessipan en 2011, roman qui a connu un véritable succès. Manikanetish est son deuxième roman.


Manikanetish, c'est le nom d'une école de la réserve Uashat sur la Côte-Nord près de Sept-Îles. En lisant quelques articles sur ce roman, j'ai vite compris que l'héroïne, c'était Noami Fontaine elle-même. Elle a exercé son métier d'enseignante pendant quelques années à Manikanetish. Immédiatement, je me suis sentie interpellée car je suis également enseignante. Elle a certainement inventé quelques éléments en commençant par son prénom (Yammie dans le texte et non Naomi) mais d'autres semblaient totalement vrais. Je ne dirais pas que c'était gagné d'avance... mais presque.

J'ai aimé tout de suite l'écriture de Naomi Fontaine. Elle est simple et touchante. L'auteure sait parler de ses élèves avec respect, naturel et beaucoup de sensibilité. Il n'y a ni jugement ni pitié. Le quotidien sur la réserve n'est pas simple. Les mères adolescentes sont majoritaires dans la classe. Les dépendances de toutes sortes sont nombreuses. Le racisme, lorsqu'ils sortent de la réserve, est bien présent. Les idées suicidaires en guettent plus d'un. Mais, même si les sujets sont parfois difficiles, il y a de l'espoir. Il est présent même avec les choses qu'elle ne peut changer

Manikanetish est un tout petit récit intime qui a résonné fort en moi. 

Manikanetish - Naomi Fontaine
Éditions Mémoire d'encrier 2017
150 pages

dimanche 15 janvier 2017

La femme qui fuit - Anaïs Barbeau-Lavalette

Quatrième de couverture :

Anaïs Barbeau-Lavalette n'a pas connu la mère de sa mère. De sa vie, elle ne savait que très peu de choses. Cette femme s'appelait Suzanne. En 1948, elle est aux côtés de Borduas, Gauvreau et Riopelle quand ils signent le Refus Global. Avec Barbeau, elle fonde une famille. Mais très tôt, elle abandonne ses deux enfants. Pour toujours. 

Afin de remonter le cours de la vie de cette femme à la fois révoltée et révoltante, l'auteur a engagé une détective privée. Les petites et grandes découvertes n'allaient pas tarder.

Enfance les pieds dans la boue, bataille contre les petits Anglais, éprise d'un directeur de conscience, fugue vers Montréal, frénésie artistique des Automatistes, romances folles en Europe, combats aux sein des mouvements noirs de l'Amérique en colère; elle fut arracheuse de pissenlits en Ontario, postière en Gaspésie, peintre, poète, amoureuse, amante, dévorante… et fantôme.

La femme qui fuit est l'aventure d'une femme explosive, une femme volcan, une femme funambule, restée en marge de l'histoire, qui traversa librement le siècle et ses tempêtes.
Pour l'auteur, c'est aussi une adresse, directe et sans fard, à celle qui blessa sa mère à jamais.


Ça y est, j'ai enfin lu ce roman dont tout le monde parle depuis bientôt deux ans ! Je ne sais pas ce que je pourrais dire qui n'a pas encore été dit. Je me contente simplement d'en rajouter une couche car j'ai eu, moi aussi, un gros coup de coeur pour ce magnifique roman. Il mérite tous les prix remportés.

Les grandes lignes sont connues. Au décès de sa grand-mère Suzanne Meloche, Anaïs Barbeau-Lavalette est désignée comme unique héritière avec son frère. Cette femme, elle ne l'a pas connue. Elle est même étonnée d'avoir accès à l'appartement de celle qui a abandonné ses enfants en bas âge au profit de la liberté. Pour retracer sa vie, l'auteure a fouillé les lieux de la défunte, a interrogé ceux et celles qui l'ont connu et a  même embauché une détective privée.

Ce que j'ai préféré dans La femme qui fuit est certainement le portrait de femme qui s'étend sur près de 80 ans. Suzanne Meloche était une femme forte et fragile à la fois qui semble avoir vécu plus d'une vie. Il y avait là tout le matériel pour en faire un roman mais encore fallait-il une écriture qui accroche. Anaïs Barbeau-Lavalette, elle l'a. Je n'étais pas certaine d'apprécier la narration au "tu" mais je l'ai oubliée après quelques pages. Ça coulait bien. Par cette écriture, j'ai ressenti l'amour-haine de l'auteure pour sa grand-mère.

Lire ce roman, c'est aussi l'occasion d'apprendre sur l'histoire du Québec : les années de guerre, le régime de Duplessis, le refus global et le mouvement automatiste, la sprinteuse québécoise Hilda Strike au Jeux Olympiques de 1932, etc. Il est bien documenté.

Passionnant. Je ne vois pas d'autre mot. Un futur classique québécois sans doute.

La femme qui fuit - Anaïs Barbeau-Lavalette
Éditions Marchand de feuille 2015
378 pages

jeudi 1 décembre 2016

Je n'ai jamais embrassé Laure - Kiev Renaud

Quatrième de couverture :

Laure est belle, Florence ne l’est pas. Pourtant, elles vivent et s’aiment comme des âmes sœurs, peut-être un peu plus. Leur désir et leur affection ne s’atténuent pas avec le mariage de Florence, puis la naissance de Cassandre, qui aura son mot à dire et voudra, elle aussi, tenir le rôle dans cette pièce aux miroirs.

Le livre que propose Kiev Renaud ne révèle pas tout ; il en dit juste assez pour que le lecteur puisse participer à la construction d’une histoire livrée sous forme de tableaux. On y trouve des fillettes qui jouent aux prostituées, font visiter une maison vide à un inconnu, s’imaginent avoir été kidnappées. Le danger y est souvent frôlé, mais surtout en pensée et par le langage. Ce que le roman veut raconter n’est pas dans l’aventure, mais dans la relation ambiguë qui s’établit entre les personnages féminins mis en scène. Une écriture fine, précise, retenue vous attend dès la première nouvelle, qui a valu à son auteure de remporter le Prix du jeune écrivain de langue française 2015.

Au fait, ne croyez pas tout ce qu’elle dit : Florence a peut-être embrassé Laure.


Ce livre de Kiev Renaud est magnifique. Je dis "livre" car je ne sais pas comment le qualifier. Trois narratrices se succèdent : Florence, Cassandre et Laure. Chacune d'elle, avec sa personnalité, raconte des fragments de sa vie. S'agit-il d'un roman par nouvelles ? D'un recueil de nouvelles ? Ou d'un roman choral ? Je ne sais pas mais peu importe. Je n'ai jamais embrassé Laure est un petit livre chargé d'émotions, de non-dits et de belles images. Tout ce que j'aime ! Et puis, quelle plume ! Ce n'est pas tous les jours qu'on rencontre une aussi belle écriture toute en finesse et en subtilités.

Je ne veux pas trop en dire à propos d'un livre trop très court mais Kiev Renaud est assurément une auteure que je suivrai dans le futur. Elle a ce qu'il faut pour devenir une de mes plumes québécoises préférées.

Je n'ai jamais embrassé Laure - Kiev Renaud
Éditions Leméac 2016
88 pages

jeudi 10 novembre 2016

The Girls - Emma Cline

Quatrième de couverture :

Evie Boyd, adolescente rêveuse et solitaire, vit au nord de la Californie à la fin des années 1960. Au début de l'été, elle aperçoit dans un parc un groupe de filles. Interpellée par leur liberté, elle se laisse rapidement hypnotiser par Suzanne et entraîner dans le cercle d'une secte. Elle ne s'aperçoit pas qu'elle s'approche à grands pas d'une violence impensable. Premier roman.


The Girls est probablement mon plus grand coup de coeur de l'année 2016 jusqu'à maintenant (notez que nous sommes quand même en novembre). 
Ce sera tout pour l'introduction.

The Girls est fortement inspirée de celles de l'Affaire Charles Manson. L'auteure, Emma Cline, ne s'en cache pas. Elle a mentionné qu'en lisant à propos de cette affaire, elle avait trouvé très peu d'information à propos des filles, pourtant nombreuses, qui vivaient dans la commune. Elle s'est intéressée à elles pour écrire ce roman plus que réussi.

Pour raconter l'existence de ces Filles, Emma Cline a mis en scène une adolescente californienne, Evie Boyd. C'est un personnage fictif qu'elle a créé. En 1969, Evie est esseulée depuis le divorce de ses parents. Son existence lui semble morne alors qu'elle voudrait "vivre plus". Elle commence à avoir conscience de son corps, de son propre désir et de celui qu'elle a maintenant le pouvoir de créer chez les autres. Grâce à un récit intimiste, l'auteure s'est penchée sur la psychologie de l'adolescente de manière si juste et intelligente que le personnage semble prendre réellement vie sous nos yeux.

Emma Cline possède un sens de l'observation incroyable grâce auquel son écriture se démarque. Elle a quelque chose de juvénile tout en étant très précise. Dès les premières phrases, elle m'a envoûté et ce, jusqu'aux dernières lignes. Les descriptions sont puissantes et riches. Elle a même le pouvoir de rendre la laideur attirante et poétique. Je la relirai, c'est certain.

Même si nous connaissons la fin, elle nous bouleverse. Mais, il faut surtout lire ce roman pour le voyage initiatique qu'il offre, le trajet déroutant qui mène à cette atroce scène. Je l'ai terminé il y a quelques jours et depuis, je l'ai toujours en tête. À lire en écoutant Freak de Lana Del Rey.

Troublant. Fascinant. Bouleversant.

The girls - Emma Cline
Éditions La Table ronde 2016
336 pages

mercredi 2 novembre 2016

Dracula - Bram Stoker

Quatrième de couverture :

Jonathan Harker, jeune notaire, est envoyé en Transylvanie pour rencontrer un client, le Comte Dracula, nouveau propriétaire d'un domaine à Londres. A son arrivée, il découvre un pays mystérieux et menaçant, dont les habitants se signent au nom de Dracula. Malgré la bienveillance de son hôte, le jeune clerc ne peut qu'éprouver une angoisse grandissante. Très vite, il se rend à la terrifiante évidence: il est prisonnier d'un homme qui n'est pas un homme. Et qui partira bientôt hanter les nuits de Londres...

Grand classique de la littérature de vampires, best-seller de tous les temps après la Bible, "Dracula" est une source d'inspiration inépuisable.


En octobre, depuis quelques années déjà, je lis des classiques d'épouvante : Carmilla, Frankenstein, Le fantôme de l’Opéra, L’étrange cas du Docteur Jekyll et de Mr. Hyde, etc. C'était au tour du mythique Dracula cette année. Il serait inutile de faire un résumé de cette oeuvre mais je tiens tout de même à vous partager mon appréciation.

Comte Dracula, Dr. Van Helsing, Jonathan Harker, nous avons tous déjà entendu ces noms mais peut-être que vous avez de fausses représentations en tête comme moi avant ma lecture. Découvrir leur véritable histoire a été un plaisir en ce temps d'Halloween ! Renfield, l'homme interné dans un asile qui mange des mouches et des araignées, est aussi un personnage savoureux que j'ai adoré.

Dracula est presque uniquement composé de journaux intimes et de lettres des différents personnages. J'avais peur que le style épistolaire rende très ardu la lecture de ce roman (qui fait quand même plus de 500 pages). Il n'en est rien. L'écriture de Bram Stoker se lit très bien malgré l'époque. L'atmosphère est envoûtante dès les premiers chapitres. Le fantastique y est présent par petites doses ce qui, selon moi, le rend plus crédible. Nous sommes davantage dans la suggestion que dans l'action.

J'ai seulement été un peu déçue du sort réservé aux personnages féminins qui sont, à chaque fois, des victimes du Comte ou des êtres faibles que les hommes doivent protéger. Si, par bonheur, l'une d'elles est intelligente et brave, on dit d'elle qu'elle "a le cerveau d'un homme". Mais, je ne ferai pas ma féministe avec un roman du IXe siècle, nous n'en sommes plus là.

Bref, j'ai adoré ce classique. J'ai lu une vieille édition qui date de 1963 qui avait beaucoup de charme. Voyez par vous-même !

Dracula - Bram Stoker
Éditions 
507 pages

dimanche 9 octobre 2016

Autour d'elle - Sophie Bienvenu

Quatrième de couverture :

En 1996, une adolescente de seize ans accouche d’un garçon dans l’anonymat d’un hôpital de Montréal. Autour d’elle retrace vingt ans des vies de Florence Gaudreault et de son fils biologique à travers le prisme d’une vingtaine de personnages qui ont croisé leurs chemins et qui racontent, chacun à leur tour, leur propre histoire.

Jeunes, vieux, familles, couples ou solitaires en rupture de ban : de secrets en rebondissements, Bienvenu sonde les faillites et espoirs de tout un pan d’humanité, et dévoile ce qui affleure de fragile sous la dure écorce des cicatrices du passé.

Roman choral fabuleusement incarné, Autour d’elle explore les liens qui nous unissent et l’amour dans toutes ses manifestations, que ce soit celui qu’on perd, celui qui fait vivre, celui qui détruit ou celui qu’on retrouve.


Celui-là, je l'attendais depuis des mois ! Et je n'étais pas la seule. Jamais je n'ai été déçue par Sophie Bienvenu ni par l'éditeur Le Cheval d'août. J'avais donc de grandes attentes et elles ont été comblées.

Autour d'elle est un roman à la structure particulière. Il se compose de plusieurs histoires semblables à de courtes nouvelles qui ont toutes un lien, aussi petit soit-il, avec Florence, un personnage insaisissable, ou son fils Adrien. Ce qui est encore plus étonnant c'est qu'à chaque nouvelle histoire le narrateur est une personne différente. J'ai eu du plaisir à essayer de deviner les liens entre les personnages et à lire entre les lignes pour rassembler les indices. Certaines histoires sont touchantes, d'autres surprennent avec leur chute mais peu importe, elles sont toutes intéressantes. Il est surtout question d'amour sous toutes ses formes et de maternité.

Je sais que je me répète mais c'est au niveau de l'oralité que Sophie Bienvenu me fascine. Même s'il y a plus d'une dizaine de narrateurs, chacun a un langage qui lui est propre et ça ne sonne jamais faux. Parmi eux, il y a entre autres, une française qui a immigré au Québec, un ados de seize ans amoureux, un enfant dans un camp de réfugiés, une policière qui mélange anglais et français et un homme d'âge mûr sur le point de divorcer. Je trouve qu'elle excelle particulièrement avec les jeunes narrateurs,  enfants ou adolescents.

Avec trois coups de coeur en autant de romans lus, Sophie Bienvenu est maintenant une de mes auteures (ou autrices qu'elle dit) préférées. Je vous conseille tous ses livres; Chercher Sam, Et au pire, on se mariera et maintenant, Autour d'elle.

Autour d'elle - Sophie Bienvenu
Éditions Le Cheval d'août 2016
224 pages

lundi 26 septembre 2016

Station Eleven - Emily St.John Mandel

Quatrième de couverture :

Le premier jour
Éclosion de la grippe géorgienne. On estime qu’elle pourrait contaminer 99% de la population.

Deux semaines plus tard
La civilisation s’est effondrée.

Vingt ans après
Une troupe présente des concerts et des pièces de théâtre aux communautés regroupées dans des campements de fortune. La vie semble de nouveau possible. Mais l’obscurantisme guette, menaçant les rêves et les espérances des survivants.

Roman phénomène publié dans une vingtaine de pays, Station Elevenillustre brillamment que l’art, l’amitié, la résilience et ce qui nous unit permettent de tout traverser, même une fin du monde.


J'ai lu, moi aussi, Station Eleven qu'on pourrait qualifier de roman canadien de l'heure. Il est partout depuis sa sortie en août dernier. Même si les romans dystopiques ne sont pas ma tasse de thé, j'ai adoré. Il saura plaire à un large public, j'en suis convaincue.

La grippe de Géorgie en est une à la propagation fulgurante. Très contagieuse et dangereuse, elle tue ceux qui l'ont contracté dans un délai de 24 à 48 heures. En quelques semaines, c'est 99% de la population mondiale qui en est victime. Station Eleven dresse le portrait d'une poignée de survivants qui cheminent dans un monde dévasté.

La phrase "Parce que survivre ne suffit pas." que l'on retrouve sur la couverture donne le ton. Survivre, c'est se protéger, manger et dormir. Après 20 ans, il faut plus que ça. Emily St.John Mandel suppose que dans un tel contexte l'art est nécessaire pour vivre. C'est cette présence de l'art sous plusieurs formes, autant dans l'époque d'avant que celle d'après, qui distingue ce roman des autres post-apocalyptiques. Plusieurs personnages étaient des artistes dans leur ancienne vie : comédiens de théâtre, stars de cinéma, dessinatrice de bandes dessinées, etc. Alors que le monde change à jamais, certains s'acharnent à faire revivre l'art.

J'ai été étonnée de voir qu'autant de chapitres sont consacrés à l'avant mais ça ne m'a pas ennuyé. J'ai apprécié connaître le passé des personnages. Ils sont nombreux et auront des destins fort différents. Mais, dites-moi, qu'est-il arrivé à Jeevan ? Il me semble qu'on l'a un peu oublié.

En plus d'avoir une belle écriture, l'auteure sait créer des images fortes qui restent en tête longtemps. Elle nous fait réfléchir aussi. Impossible de ne pas penser à ce que nous ferions si une telle catastrophe arrivait. Heureusement, la fin nous laisse entrevoir la lumière... 

Station Eleven - Emily St.John Mandel
Éditions Alto 2016
430 pages

mardi 5 janvier 2016

Bondrée - Andrée A. Michaud

Quatrième de couverture :

Été 67. Le soleil brille sur Boundary Pond, un lac frontalier rebaptisé Bondrée par Pierre Landry, un trappeur canuck dont le lointain souvenir ne sera bientôt plus que légende. Le temps est au rire et à l’insouciance. Zaza Mulligan et Sissy Morgan dansent le hula hoop sur le sable chaud, les enfants courent sur la plage et la radio grésille les succès de l’heure dans l’odeur des barbecues. On croit presque au bonheur, puis les pièges de Landry ressurgissent de la terre, et Zaza disparaît, et le ciel s’ennuage.


Bondrée aurait dû être un endroit de plaisir cette année encore, une bulle à l'écart du quotidien pour ces familles francophones du Québec et anglophones des États-Unis qui y possèdent des maisons d'été. Bondrée, cette fois, devient une bulle de peur et de tristesse lorsque des habitants retrouvent Zaza Mulligan, une adolescente provocante, morte la jambe prise dans un piège à ours.

Nous entrons dans ce huis-clos brumeux avec deux narrateurs qui alternent. Parmi eux, il y a Andrée, une petite fille d'une douzaine d'année. Ses chapitres constituent un roman d'apprentissage à l'intérieur de ce polar. Alors que les drames surviennent, elle oscille entre l'enfance et l'âge adulte. Elle rêvait de plus de liberté cet été mais elle sera, avec la menace qui plane, encore plus surveillée qu'auparavant. Il n'y a pas d'action à toutes les pages mais je préfère les polars à l'atmosphère mystérieuse que ceux dans lesquels le sang gicle à profusion. J'aime les descriptions toutes en retenue, mon imagination se charge du reste. La psychologie des personnages est très fouillée. Leurs différentes réactions face aux drames sont intéressantes et réalistes.

Même s'il s'agit d'un polar, nous sommes forcés de ralentir le rythme pour en apprécier l'écriture. Elle est plus exigeante que celle des polars que j'ai l'habitude de lire mais tellement plus belle aussi ! La présence régulière d'expressions anglophones peut surprendre au départ mais, dans un endroit comme Bondrée, à cheval sur la frontière, elle devient tout à fait naturelle.

Il y avait longtemps que je n'avais pas autant été imprégnée par l'atmosphère d'un polar. Je me sentais prise au piège dans cette forêt dense. Bondrée plaira autant aux amateurs de thrillers psychologiques qu'à ceux de romans d'apprentissage qui relèveront probablement quelques citations au passage. Andrée A. Michaud est une auteure que je relirai.

Bondrée - Andrée A. Michaud
Éditions Québec Amérique 
304 pages

lundi 26 octobre 2015

Le fantôme de l'Opéra - Gaston Leroux

Quatrième de couverture :

«Le fantôme de l’Opéra a existé. J’avais été frappé dès l’abord que je commençai à compulser les archives de l’Académie nationale de musique par la coïncidence surprenante des phénomènes attribués au fantôme et du plus mystérieux, du plus fantastique des drames, et je devais bientôt être conduit à cette idée que l’on pourrait peut-être rationnellement expliquer celui-ci par celui-là.»

Avec l’art de l’intrigue parfaitement nouée et l’inspiration diabolique qui ont fait le succès de Gaston Leroux, le père de Rouletabille, Le Fantôme de l’Opéra nous entraîne dans une extraordinaire aventure qui nous tient en haleine de la première à la dernière ligne.


Le fantôme de l'Opéra
est une autre histoire de que je croyais connaître avant même de l'avoir lue un peu comme Frankenstein de Mary Shelley ou encore L'Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde de R.L. Stevenson. J'ai réalisé que je ne connaissais que les grandes lignes et ce, très vaguement.

Je ne sais pas dans quelle catégorie classer ce roman. Est-ce un roman fantastique ? Un roman d'amour ? Un roman d'horreur ? Ou même, un thriller ? Il est un mélange de tout ça et c'est pourquoi j'ai adoré ! Il n'est pas vraiment effrayant mais il peut donner quelques petits frissons s'il est lu tard dans une nuit d'octobre. Il faut aussi garder en tête que l'histoire a été construite à partir d’événements mystérieux réels. J'ai fait mes petites recherches sur Internet. Entres autres, il y a bien un cadavre qui a été retrouvé dans les bas-fonds de l'Opéra et l'immense lustre a réellement tombé sur des spectateurs tuant une femme au passage en 1896. Ce sont ces faits réels qui sont terrifiants !

L'écriture de Gaston Leroux est étonnante pour l'époque. Le texte date de 1910 et pourtant, la lecture est très fluide. Je m'attendais à lire du vieux français mais le texte a bien vieilli. J'ai aussi apprécié que les personnages soient complexes. Ils ne sont pas que des méchants ou des gentils. Ils sont très humains. Les émotions qu'on éprouve à leur égard sont très nuancées également.

Bref, se balader dans les couloirs obscurs de l'Opéra Garnier de Paris, assister à un bal masqué, être témoin de disparitions, de pendaisons et d'apparitions, c'était parfait pour l'Halloween. J'aimerais tant visiter l'Opéra ainsi que la fameuse Loge 5 maintenant !

Le fantôme de l'opéra - Gaston Leroux
Éditions Le livre de poche 1959
496 pages

samedi 17 octobre 2015

Le vieux chagrin - Jacques Poulin

Quatrième de couverture :

Sur les rives du Saint-Laurent, où il vit retiré en compagnie du chat "Vieux Chagrin", un écrivain épie jusqu'à l'obsession l'inaccessible silhouette d'une jeune femme dont le voilier est venu mouiller dans une anse du fleuve. Un exemplaire des Mille et Une Nuits, abandonné dans une grotte proche, est la seule preuve tangible de l'existence de cette muse récalcitrante, à laquelle se substitue bientôt une enfant malheureuse venue trouver, auprès de l'écrivain, refuge et réconfort. Tandis que l'oeuvre tant désirée s'élabore lentement, le narrateur se laisse prendre en otage par la confusion du réel jusqu'à y découvrir l'inspiration. 


Je n'avais jamais lu Jacques Poulin et ce n'était pas dans mes plans de le faire prochainement. Mais, parfois la vie en décide autrement et nous met un livre sur notre route. C'est ce qui s'est produit la fin de semaine dernière. Je vous explique. Après trois heures de route sous la pluie battante, nous sommes entrés dans la chaleureuse maison que nous avions louée pour décrocher du quotidien. Elle offrait une vue majestueuse sur le fleuve St-Laurent. Avant de partir, j'avais pris soin de choisir des romans que j'avais hâte de lire. Je ne me doutais pas qu'il y aurait déjà deux grandes bibliothèques bien garnies sur place. Dès le premier soir, j'ai eu beaucoup de plaisir à feuilleter les romans et à lire quelques lignes de chacun. Celles du Vieux chagrin de Jacques Poulin que j'ai lues étaient douces et poétiques. Elles m'ont fait comprendre que le personnage vivait aussi sur le bord du fleuve. Je n'ai pas pu m'empêcher d'en lire encore et encore ! 

J'ai aimé l'écriture simple mais délicate de Jacques Poulin. L'environnement naturelle y prend beaucoup de place et est très bien décrit. Jimmy, ce vieil écrivain solitaire qui n'arrive plus à contrôler les personnages de son histoire, a su me toucher. Il ne semble plus avoir de contrôle sur ses émotions non plus. Il a de l'amour à offrir et aimerait tant en recevoir en échange ! La Petite qui trouve refuge chez Jimmy m'a drôlement fait penser à la petite Agnès dans Whisky et paraboles de Roxanne Bouchard. En fait, c'est plutôt l'inverse, Le vieux chagrin a été écrit bien avant.

Peut-être que j'ai lu ce roman exactement au bon moment, peut-être que j'avais besoin d'une petite bulle hermétique de tendresse, peu importe, ma rencontre avec l'univers de Jacques Poulin a été un moment de bonheur. J'ai eu l'impression qu'il m'attendait ce Vieux chagrin et qu'il y était pour bercer mes matinées au bord du fleuve.

Maintenant, tous les romans de Jacques Poulin figurent sur ma liste mais je ne sais pas par où commencer. Faut-il que je respecte un ordre ? Lequel me conseillez-vous pour la suite ?

Le vieux chagrin - Jacques Poulin
Éditions Leméac 1989
160 pages


dimanche 13 septembre 2015

Et au pire, on se mariera - Sophie Bienvenu

Quatrième de couverture :

Avant de rencontrer Baz, Aïcha était tout le temps enragée. Elle traînait son enfance brisée en essayant d’éviter sa mère, les vieux puants et les seringues usées du parc. Maintenant qu’elle est amoureuse, elle voit les balançoires dans les parcs de Centre-Sud. Voilà pourquoi, pour Baz, Aïcha ferait tout, même le pire. Tout, c’est ce qu’elle doit raconter à cette femme qui la regarde comme une page de faits divers. Mais suivre le récit d’Aïcha, c’est entrer dans un labyrinthe pour s’y perdre autant qu’elle.

Une confrontation déchirante et drôle où l’émotion court. La langue à fleur de peau de Et au pire, on se mariera se trouve à la croisée du romanesque, du théâtre de rue et de la déposition.


Ouf ! Quel texte ! Quand j'ai choisi ce livre je ne savais pas vraiment de quoi il parlait. L'avoir su, je ne suis pas certaine que j'aurais voulu le lire mais je me suis jeter dessus parce que j'ai eu un coup de coeur pour Chercher Sam de Sophie Bienvenu. À l'instar de ce dernier, Et au pire, on se mariera aborde des sujets difficiles mais de brillante façon. C'est déstabilisant, c'est tough mais ça se lit d'un trait !

Au début du récit, nous comprenons qu'une jeune fille discute avec une personne dont on ignore le rôle. Elle fait un monologue qui n'en est pas vraiment un. La personne, que l'on devine rapidement être une travailleuse sociale, s'adresse à elle. Nous comprenons qu'elle lui pose des questions même si elles sont absentes du texte. En fait, jamais un autre personnage n'a la parole dans ce livre. C'est incroyable de réaliser que nous pouvons suivre toute la discussion en ayant que la moitié sous les yeux ! Les points de suspension sont très révélateurs. L'auteure est très habile.

Pendant cet interrogatoire, Aïcha, âgée de 13 ans, raconte autant ses fantasmes que les faits réels. C'est ce qui m'a le plus déstabilisé. C'est au lecteur de tenter de dissocier le vrai du faux comme le bien du mal dans les parties confuses. La tâche n'est pas facile. Et que dire de la fin ? Je suis restée sans mot.   
                                                           
Malgré des thèmes qui ne m'attiraient pas du tout, Sophie Bienvenu m'a renversé une fois de plus avec ce roman. Elle est incroyablement talentueuse. 

Et au pire, on se mariera - Sophie Bienvenu
Éditions La Mèche (nouvelle édition) 2015
160 pages

vendredi 14 août 2015

Chercher Sam - Sophie Bienvenu

Quatrième de couverture :

Mathieu est dans la rue. Il y survit grâce à Sam, son chien. Quelque chose le tue, qui n'est pas le froid ou l'indifférence des autres. Quelque chose l'empêche de respirer. Quand Sam disparaît, Mathieu part à sa recherche et, sans le vouloir, ouvre la porte à ses démons.


Chercher Sam est un petit roman qui n'avait l'air de rien sur son étagère. La couverture est sombre et floue et le titre n'est pas particulièrement évocateur non plus. Il pourrait signifier n'importe quoi. Pourtant, cette lecture est un coup de coeur !

Mathieu est un jeune homme sans domicile fixe. Il dort parfois chez des connaissances qui lui offrent un toit pour une nuit mais, le plus souvent, il dort dans la rue. À ses côtés, il y a toujours Sam sa chienne pitbull qui est sa meilleure alliée. En plus d'être une bonne compagnie, elle lui sert de "chaufferette" lorsque les nuits sont froides. Elle est tout ce qui lui reste de sa vie d'avant. Et il perd la dernière "chose" qui lui reste.

Mathieu n'est pas quelqu'un qui se dévoile rapidement. Lorsque Sam disparaît, nous ne savons presque rien sur lui. Petit à petit, avec sa voix et ses expressions parfois crues, il révèle qui il est et ce qui l'a mené à la rue. L'écriture est très orale, on dirait qu'on l'entend parler. Difficile de croire que l'auteure est une française qui vit au Québec ! Elle s'est très bien appropriée le langage d'ici.

La construction est aussi très dynamique avec les courts chapitres qui racontent la vie de Mathieu dans l'ordre et surtout dans le désordre. C'est bien fait car, malgré les sauts aux différentes époques, on suit parfaitement bien le fil de l'histoire. J'avais toujours envie de lire juste un p'tit chapitre de plus. Je l'ai dévoré en une journée !

Le Cheval d'août, que je ne connaissais pas il y a quelques mois, édite des romans forts intéressants. J'avais aussi eu un coup de coeur pour Les filles bleues de l’été en juillet.

Chercher Sam - Sophie Bienvenu
Éditions Le Cheval d'août 2014
184 pages

vendredi 31 juillet 2015

Derrière la porte - Sarah Waters

Quatrième de couverture :

Au sud de Londres, dans une villa triste et silencieuse, la vie est sur le point de changer pour la veuve Wray et sa « vieille » fille de vingt-six ans. La Grande Guerre a fait des ravages, les temps sont durs, elles doivent se résigner à sous-louer un étage de leur demeure pour éponger leurs dettes.

Les nouveaux occupants, un couple de jeunes mariés, secouent les habitudes de la maisonnée et apportent avec eux gramophone et joie de vivre. Mais quand le désir des unes s’enflamme et que la rancoeur des autres instille son venin, la table est mise pour le drame.

Avec le doigté et la malice qui la caractérisent, l’auteure de L’Indésirable livre le récit d’un amour aux limites du convenable où sensualité et obsession esquissent un funeste et envoûtant pas de deux.


Il y a ces livres que l'on découvre un peu par hasard et il y a les autres qu'on sait d'avance que l'on va aimer. Les romans de Sarah Waters figurent dans cette deuxième catégorie. Derrière la porte est le quatrième que je lis (Du bout des doigts, Affinités et L’indésirable) et jamais elle ne m'a jamais déçue.

Sarah Waters a le don de nous transporter dans une autre époque de façon si réaliste que l'on dirait qu'elle y a vécu. Cette fois, son histoire se déroule en 1922 tout juste après la Première Guerre mondiale. Les temps sont durs et tristes pour Frances, une vieille fille de vingt-six ans, et sa mère. Les hommes de la maison sont tous morts. Elles se retrouvent seules dans une immense propriété. Pour pouvoir y rester, elles sont dans l'obligation d'en louer une partie à un jeune couple avec beaucoup plus d'entrain et de joie de vivre qu'elles.

Si vous connaissez l'auteure, vous êtes habitué aux revirements de situations et aux rebondissements fréquents. Ce roman n'y fait pas exception. Cependant, il ne faut pas lire la quatrième de couverture ! Je fais de gros efforts pour ne pas "spoiler" mais apparemment tous ne se donnent pas cette peine. C'est terrible de voir ce que révèle la première petite phrase d'Entertainment Weekly ! Évidemment, je ne l'ai pas mis ci-dessus ! J'ai eu l'impression de lire deux romans en un tellement le ton et l'atmosphère changent avec les événements ! Mais vaut mieux ne rien savoir à l'avance si on veut réellement être surpris.

Les thèmes chers à Sarah Waters se retrouvent une fois de plus dans ce titre. Elle aborde l'homosexualité féminine, la guerre et ses conséquences, les différentes classes sociales, la criminalité et la déchéance des grandes familles londoniennes. Sa plume est toujours aussi belle et fluide. Le rythme est lent mais je le trouve parfaitement adapté pour une histoire qui se déroule à une époque où les messages importants se transmettaient via des télégrammes et où les nouvelles quotidiennes n'étaient transmises que par les journaux.

Si vous aimez déjà Sarah Waters, si vous aimez Londres ou si vous aimez les romans d'époque et les gros pavés, celui-ci est pour vous !

Derrière la porte - Sarah Waters
Éditions Alto 2015
576 pages

lundi 20 juillet 2015

Nous étions le sel de la mer - Roxanne Bouchard

Quatrième de couverture :

« C'est Vital. Ça a l'air qu'il a ramassé un cadavre dans ses filets. Il l'a dit dans sa radio. Tu veux qu'on t'en raconte, des histoires de marins? Reste avec nous autres pis tu vas en voir, la p'tite! »

Ce matin-là, Vital Bujold a repêché le corps d'une femme qui, jadis, avait viré le cœur des hommes à l'envers. En Gaspésie, la vérité se fait rare, surtout sur les quais de pêche. Les interrogatoires dérivent en placotages, les indices se dispersent sur la grève, les faits s'estompent dans la vague, et le sergent Moralès, enquêteur dans cette affaire, aurait bien besoin d'un double scotch.


J'avais plusieurs bonnes raisons de lire ce roman de Roxanne Bouchard. Premièrement, il y a quelques années, j'ai passé un excellent moment avec son autre roman intitulé Whisky et paraboles. Deuxièmement, j'ai lu plusieurs très bons avis sur les blogs à propos de ce livre. Et finalement, les participants du défi "Un livre Québécois par mois" l'ont choisi pour la lecture commune du mois de juillet. Je me suis dit qu'il était temps que je le lise aussi. Je l'ai donc emporté dans mes valises et je l'ai lu sur mon île. Et j'ai eu un grand coup de coeur !

Nous étions le sel de la mer est une histoire de quête de soi pour Catherine la jeune femme qui ne connait pas ses parents biologiques. Pour plusieurs autres, pour le gentil Cyrille, pour l'enquêteur Moralès, c'est une histoire de rendez-vous manqués. Mais surtout, Nous étions le sel de la mer, c'est l'histoire de la vie et de la mort.

Malgré ses airs de polars, ce roman est très beau, très poétique. J'aime ce mélange des genres. J'ai aussi beaucoup aimé la plume de Roxanne Bouchard. Elle entremêle des passages plutôt comiques à d'autres très poétiques comme lorsqu'elle donne la parole à la défunte. Lorsque les autres personnages, bien vivants eux, parlent avec leurs tics de langage, c'est de la personnalité qu'elle leur donne. Ils sont colorés et attachants. Et puis, il y a la mer qui est finalement le personnage le plus important du roman; celui qui est toujours là et qui fait le lien entre tous les autres.

Comme lectrice, je suis loin de me contenter des histoires de pêcheurs. Je dois avouer que j'aime bien connaitre la vérité. Je craignais, comme l'enquêteur Moralès, de ne jamais la découvrir ! J'étais curieuse et j'ai bien été servie avec tous ces secrets de villages. Ce roman est intéressant d'un bout à l'autre et pour plusieurs raisons. Je ne sais quoi ajouter de plus; lisez-le !

Nous étions le sel de la mer - Roxanne Bouchard
VLB Éditeur 2014
360 pages

dimanche 5 juillet 2015

Les filles bleues de l'été - Mikella Nicol

Quatrième de couverture :

Clara et Chloé cherchent à guérir. Tout l’été, elles s’exilent dans la forêt. Au chalet de leur enfance, elles vont se réfugier, s’épier l’une l’autre, combattre dans le silence et le mal et la peur qui les hantent. Elles ne font plus partie du monde étroit auquel on a voulu leur faire croire : le leur est rythmé par les cigarettes, les siestes et l’eau du lac, calme, infinie. Quand le temps de revenir en ville arrive, elles peinent à se défaire de leur peau de campagne.

Clara et Chloé ont vingt ans et ne se contentent pas de la réalité. Les années les plus belles appartiennent au passé. Leur jeunesse est un pays d’où on ne revient pas.

« L’idée s’est installée d’elle-même. Si l’été ne reviendrait jamais, alors c’était nous qui devions lui revenir. J’ai prononcé ces mots exacts : “ Clara, je vais retourner dans l’été ”. Comme elle ne répondait pas, j’ai ajouté “ Pour de bon ”. Ma voix était ferme. Je ne parlais pas de voyager le temps, je ne croyais pas aux miracles. C’était plus que ça. »


Chloé et Clara, à peine sorties de l'adolescence, sont deux oisillons qui ont quitté le nid. Cependant, leur chute dans le monde des adultes a été fracassante. Chloé a beaucoup souffert avant que l'on fasse sa rencontre. Les maladies dont elle est atteinte ne sont jamais nommées mais tout est clair et c'est très bien ainsi. Un diagnostic médical aurait enlevé beaucoup de charme. Clara, elle, a été blessée par l'amour plus d'une fois. Elle est malheureusement éprise d'un homme boomerang qui passe son temps à partir et à revenir. Croyant que la présence de l'autre sera bénéfique, Chloé décide de s'isoler avec Clara que l'on pourrait qualifier d'âme sœur. Elles iront guérir leur mal de vivre dans un chalet dans les bois. L'amitié entre elles est si fusionnelle qu'elle semble irréelle, improbable, mais elle est belle.

L'écriture de Mikella Nicol est très poétique et inspirée par la nature. Presque à chaque page j'avais envie de relever une jolie citation ! Je l'ai lu un matin à la campagne sur le bord de l'eau. Je n'entendais que le pépiement des oiseaux (et un peu le ronronnement lointain d'un moteur de tracteur aussi mais j'étais capable d'en faire abstraction). Je me sentais en symbiose avec leur univers. 

Malheureusement, j'ai trouvé quelques coquilles dans ce livre. Je ne prétends pas écrire sans faute, bien au contraire ! Je suis consciente que j'en fait souvent même si je tente de les limiter (rassurez-vous, je ne suis pas enseignante de français). Mais dans un livre, elles m'agacent beaucoup.

Mikella Nicol est une jeune auteure québécoise (elle est née en 1992) que je suivrai de près dans les années à venir. J'ai repéré ce livre chez Topinambulle.

Les filles bleues de l'été - Mikella Nicol
Éditions Le Cheval d'août 2014
121 pages