lundi 3 février 2020

Anna et l'enfant-vieillard - Francine Ruel

Quatrième de couverture :

Anna tente de faire le deuil d'un enfant vivant. Son fils s'est perdu dans la drogue, puis dans la rue, une véritable descente aux enfers contre laquelle elle a tout essayé, en vain. La douleur est désormais la seule présence de l'absent, accompagnée par la peur d'Anna de le croiser, la main tendue, et de ne pas le reconnaître. Le roman raconte le parcours de cette femme et de son enfant-vieillard par le biais de fragments touchants, mais jamais larmoyants.


Francine Ruel est bien connue au Québec. Elle est actrice et auteure depuis de nombreuses années. Cependant, récemment, elle a dévoilé un pan de sa vie qu'elle gardait secret pour plusieurs raisons : son fils, âgé d'une quarantaine d'années, vit dans la rue. Depuis, elle en a parlé dans plusieurs médias. Anna et l'enfant-vieillard est largement inspiré de sa vie.

Suite à son passage à l'émission Tout le monde en parle, j'ai voulu lire ce livre mais, pour tout vous dire, je ne l'ai pas aimé comme je l'aurais cru. J'ai été dérangée par le fait que ce soit un roman. Francine Ruel a décidé de créer un personnage, Anna, qui vit exactement la même chose qu'elle. Ayant entendu ses propos à l'émission, je connaissais déjà plein (trop) d'anecdotes et d'évènements qui sont retranscris dans le livre. J'avais l'impression de l'avoir lu avant de le lire. J'aurais sans doute préféré aussi que ce soit écrit à la première personne plutôt qu'à la troisième et qu'on assume que les gestes et les paroles soient ceux de son fils et d'elle-même. De toute manière, je crois que c'est déjà le cas. Il n'était pas nécessaire à mon avis d'en faire une fiction.

Malgré tout, c'est un livre que j'ai lu à la vitesse de l'éclair et qui m'a touché. Impossible de faire autrement avec une histoire si triste et une maman qui souffre autant. On ressent ses inquiétudes, ses peurs et toute son impuissance. Il permet aussi une réflexion sur la réalité des personnes sans domicile fixe à propos desquelles nous avons souvent des préjugés.

Bref, je vous conseille de ne pas chercher à en savoir trop. Lisez ce livre avant de regarder des entrevues de l'auteure et vous allez sans aucun doute l'apprécier davantage.


Anna et l'enfant-vieillard - Francine Ruel
Éditions Libre Expression 2019
224 pages

mardi 28 janvier 2020

Le trésor - Valérie Fontaine & Annie Rodrigue

Résumé :


Dans ma classe, je fais d’importantes trouvailles! Des objets de valeur! Je suis une véritable chercheuse de trésors! Il faut beaucoup travailler et être discret pour y arriver. Quoique je n’ai jamais eu à faire de grands efforts pour passer inaperçue. 

Vaut-il mieux avoir des objets ou des amis? Un livre avec un personnage principal auquel il ne faut pas faire confiance…



Le trésor est un joli album illustré pour enfants qui est aussi très original : les images ne concordent pas avec le texte. Je vous explique. Le personnage principal, une fillette d'âge primaire, nous raconte sa version des faits par le biais du texte. Cependant, la vérité sera révélée par les illustrations qui nous offrent une toute autre réalité. Ce procédé est très intéressant car il demande aux enfants de bien observer les illustrations, de faire des déductions et de lire entre les lignes. Les petits lecteurs ne devront pas se fier aux propos de la fillette.

Cet album est conseillé aux enfants à partir de 3 ans. Je crois cependant que c'est l'adulte qui les guidera en les questionnant et qui leur permettra de bien comprendre ce qu'il se passe. L'histoire propose aussi de réfléchir sur des sujets qui touchent les enfants : les mensonges et leurs conséquences. Les discussions suite à cette lecture seront assurément pertinentes et très intéressantes.

Une belle réussite !

Le trésor - Valérie Fontaine & Annie Rodrigue
Éditions Québec Amérique 2020
24 pages

dimanche 26 janvier 2020

Polatouches - Marie-Christine Bernard

Quatrième de couverture :

« - Un polatouche, souffla-t-il.- Un quoi ?- Un écureuil volant... C'est rare qu'on en voie... ils ont peur de tout. C'est tranquille vrai par ici pour qu'ils se tiennent proches des maisons comme ça. Viens, faut pas lui faire peur. Il est chez lui, ici. »


Réfugiée dans le chalet de ses parents, Stéphanie réfléchit à son couple et à une éventuelle sortie du placard. Sa compagne, Josée, élevée par des Blancs et refusant ses origines cries, est prête à se marier et à fonder une famille. Elle, surtout pas. Avec son meilleur ami, Claude, elle observe les animaux aux alentours et fait connaissance avec ses voisins, accueillants mais de plus en plus bizarres. Elle ne répondra à cette question qui la ronge : Qui es-tu ?, qu'au moment où tomberont les masques. Une histoire d'amitié, d'amour et de monstres, qui interroge l'identité, l'héritage et ce qu'on en fait.


Polatouches est un roman aussi original que son titre ! Le début peut sembler convenu quoiqu'il ne soit pas inintéressant pour autant. Stéphanie est enseignante "aux adultes" dans une petite ville à proximité d'une réserve amérindienne. Josée, jeune femme crie adoptée par des Blancs, est infirmière. Elles vivent ensemble depuis une dizaine d'années. Les gens de leur entourage pensent qu'elles ne sont que des colocataires alors qu'en fait, elles sont amoureuses depuis tout ce temps. Seul Claude, le meilleur ami de Stéphanie, est au courant de leur relation. Alors que Josée veut sortir définitivement du placard pour se marier et fonder une famille, Stéphanie est réticente. Elle profite de sa semaine de relâche pour aller réfléchir seule dans la forêt dans le chalet de ses parents. 

Avec cette mise en contexte, nous pourrions croire que le roman n'aborde que la quête identitaire du personnage principal mais ce n'est pas du tout le cas. Il est question de crise identitaire mais de façon beaucoup plus générale. Le personnage de Claude est tourmenté par la découverte de ses origines cries. Josée navigue entre deux eaux aussi, elle qui a été adoptée et élevée par une famille de Blancs. Les relations entre les Blancs et les autochtones sont difficiles, eux qui habitent pourtant si près les uns des autres, tout en demeurant à milles lieues dans leur façon de vivre et de comprendre le monde.

Soudain, alors qu'on se croyait dans un drame psychologique, l'auteure nous surprend en flirtant avec l'horreur. Elle nous offre une intrigue angoissante inspirée d'une légende autochtone. Et ça fonctionne! Je ne veux pas en révéler davantage. Je crois que, pour bien l'apprécier, la surprise doit demeurer intacte.

Bref, dans ce roman il est question de sujets aussi variés que l'homosexualité féminine, l'amour, les quêtes identitaires, les croyances des Premières Nations, les relations entre les autochtones et les Blancs, les légendes autochtones, etc. 

Polatouches est un roman aux multiples facettes avec lequel j'ai passé un excellent moment. 

Polatouches - Marie-Christine Bernard
Éditions Stanké 2018
228 pages

jeudi 23 janvier 2020

Nausées matinales et autres petits bonheurs - Boum

Résumé :

Lorsqu'on parle de grossesse, on entend bien des choses. Certaines sont vraies alors que d'autres semblent tout droit sorties d'un film de science-fiction! Comment démêler les mythes de la réalité? 

Forte de son expérience, Boum nous présente une bande dessinée qui devrait répondre à toutes vos questions ou presque...


Comme vous le voyez, mes récents choix de lectures sont influencés par ce qui se passe dans ma vie. N'était-ce pas souvent le cas pour tous les lecteurs ?

Cette petite bande dessinée humoristique m'a attirée tout de suite autant grâce à son titre qu'à ce beau jaune soleil. Enceinte pendant ma lecture, je m'y suis beaucoup retrouvée mais c'est une bande dessinée qui peut plaire à tous. Nul besoin d'être enceinte pour l'apprécier. Avec ces petites anecdotes, elle fera sourire tous les lecteurs. D'ailleurs, les conjoints devraient la lire pour comprendre un peu mieux ce que vivent leurs conjointes. Et c'est promis, ils ne s'ennuieront pas ! 

Boum a créé une jolie bande dessinée bien documentée et très drôle !

Nausées matinales et autres petits bonheurs - Boum
Éditions La Pastèque 2019
88 pages

vendredi 10 janvier 2020

Survivre à la grossesse et plus encore... - Julie Champagne & Ana Roy

Quatrième de couverture :

Encore un guide sur la grossesse? Hum, pas tout à fait… Divisé en neuf chapitres, comme autant de mois de gestation, ce guide nouveau genre promet de dire toute la vérité sur ce qui attend la femme enceinte et son partenaire. Il aborde avec une bonne dose d'humour,de compassion et d'autodérision, autant le côté obscur de la grossesse que ses petits miracles trimestriels. Véritable bouée salutaire dans la mer d'informations qui submerge les futurs parents, ce guide prodigue tous les conseils nécessaires — suivis, choix de praticien, prescriptions médicales, contre-indications alimentaires — pour survivre à cette période sans perdre la tête ou... les eaux. Positif et réconfortant, il est LE livre de chevet par excellence pour tous les parents modernes qui cherchent à calmer leurs appréhensions et à dédramatiser afin de rendre ces quarante semaines moins lourdes sur le nerf sciatique! À lire sans aucune restriction!


Vous avez une sœur, une fille, une amie ou une collègue qui vient de vous annoncer qu'elle est enceinte ? J'ai trouvé le livre à lui offrir ! À première vue, je croyais que c'était une bande dessinée. Erreur ! Survivre à la grossesse et plus encore… est un guide qui n'en a pas vraiment l'air. Pourtant, c'est une mine d'or d'informations sur toutes les étapes que traversent les femmes enceintes. Il est vraiment très complet. C'est une belle lecture complémentaire au fameux Mieux-vivre qui est beaucoup moins attrayant (mais ô combien important). Il n'y a pas de tabous, on ose dire ce qui ne l'est pas dans plusieurs autres livres de ce genre. L'auteure, Julie Champagne, ne se prend pas trop au sérieux. L'humour est présent d'une couverture à l'autre permettant de dédramatiser les situations. Les illustrations d'Ana Roy collent parfaitement à ce type de livre. 

Seul bémol : j'aurais aimé que certains passages soient plus inclusifs. On mentionne que les familles d'aujourd'hui ne sont pas toutes nucléaires (comme la mienne d'ailleurs) mais il y a une grande section pour les papas. Il y aurait surement eu une façon d'inclure les autres types de famille en mentionnant "l'autre parent" ou "le parent qui ne porte pas le bébé". Et puis, ce n'est pas toujours des infirmières qui donnent les cours prénataux et qui font les suivis après la naissance. Nous avons eu un infirmier (oui, un homme) très compétent pour nos cours prénataux. Ces petits détails m'ont agacée dans un livre résolument moderne comme celui-ci.

J'aurais aimé l'avoir entre les mains dès mes premières semaines de grossesse. Lu au début du troisième trimestre, les chapitres précédents étaient moins pertinents car c'était du connu (et du vécu) pour moi. Ils n'étaient pas moins intéressants pour autant.

À mettre entre les mains de toutes les femmes enceintes !

Survivre à la grossesse et plus encore - Julie Champagne & Ana Roy
Édition Parfum d'encre 2019
192 pages

mercredi 8 janvier 2020

Hiver rouge - Dan Smith

Quatrième de couverture :

Hiver rouge 1920, Russie centrale. La terreur s'est abattue sur le pays. À la mort de son frère, Nikolaï Levitski a déserte l'Armée rouge pour aller l'enterrer dans son village. Mais lorsqu'il arrive dans la petite communauté, perdue en pleine nature, c'est la stupéfaction. Les rues sont vides et silencieuses. Les hommes ont été massacrés dans la forêt alentour, les femmes et les enfants ont disparu. Nikolaï se met alors sur la piste des siens. C'est le début d'une quête aussi désespérée que périlleuse dans une nature hostile, au coeur d'un pays ravagé par la guerre civile.


Hiver rouge, c'est le roman que j'ai dévoré au début des vacances des Fêtes. À priori, ce n'est pas le genre de roman que je lis régulièrement mais des proches me l'avaient chaudement conseillé et prêté. Puis, avec l'hiver qui tardait à arriver en décembre, j'avais le goût de me plonger dans cet hiver rouge en Russie.

Au départ, je craignais ne pas aimer. Le début est lent et plus ou moins enthousiasmant. Nikolaï Levitski, le personnage principal, revient dans son village natal avec son frère décédé (oui, il traîne son cadavre depuis un moment déjà) à dos de cheval. On ne sait presque rien sur lui au départ. Malheureusement, à son arrivée, il ne retrouve ni sa femme ni ses deux fils. En fait, le village est complètement désert. Il se rencontre avec une vieille dame qu'il a connue jadis qui raconte des bribes d'histoires qui semblent être tout droit sorties de son imagination. Tout devient intéressant, environ cent pages plus tard, quand il se résout à quitter à nouveau son village et à partir à la recherche de sa famille. 

Durant son périple, Nikolaï ira de rencontre en rencontre. Mais alors, à qui peut-il faire confiance ? Le récit devient très prenant. J'avais du mal à m'arrêter. En plus, chaque chapitre se termine sur un cliffhanger qui nous donne envie de poursuivre "juste quelques pages de plus". Je ne connais pas beaucoup l'histoire de Russie, ses guerres, l'armée rouge et les Tchékistes mais ça ne m'a pas empêché d'apprécier ce roman. Nous sommes beaucoup plus dans un suspense, un thriller, que dans un roman historique. Il y a un petit côté survivaliste également. Il faut parfois avoir le cœur bien accroché par contre car cette histoire n'est pas exempte de violence de toute sortes. Certains passages sont très durs.

Je suis bien contente d'être sortie de ma zone de confort et d'être allée à la rencontre de ce déserteur de l'armée rouge dans ce roman riche en rebondissements. J'ai adoré.

Hiver rouge - Dan Smith
Éditions 10-18  2016
552 pages

mardi 17 décembre 2019

Les abysses - Biz

Quatrième de couverture :

On peut être au cœur de la forêt et sentir néanmoins s’ouvrir sous ses pieds des profondeurs abyssales. On peut être sur la terre ferme et néanmoins se noyer… 

Catherine se noie. Son père, son unique parent à qui elle tient plus que tout au monde, son « père-mère », son ami, son confident… son père est enfermé dans une cellule de la prison à sécurité maximale de Port-Cartier. 

Michel Métivier, surnommé le « boucher de Baie-Comeau », ne doit pas en sortir avant une dizaine d’années. En attendant, sur les murs aveugles de son cachot, il dessine aux marqueurs fluo des créatures pélagiques, fantômes phosphorescents auxquels il consacre maintenant ses journées après avoir passé sa vie à empailler des animaux terrestres, ses trophées de chasse. 

La réalité d’un milieu carcéral fédéral n’est pas de tout repos, et le danger couve parmi les autres détenus : criminels, maniaques, psychopathes, assassins… 

De son côté, Catherine est en liberté mais vit dans une autre forme de prison. Crispée autour d’un secret qui ne sera révélé au lecteur qu’à la dernière ligne du roman, elle se coupe de tout : de son chum, de ses études, de ses plaisirs, d’elle-même. Entre ses rencontres avec la psy du cégep, ses visites à son père et ses piètres tentatives pour démontrer un semblant de normalité, elle perd pied, coule et se demande de plus en plus à quoi sert de lutter.

Le livre propose une structure en trois parties qui établit d’abord un présent tendu et mystérieux, puis qui remonte dans le temps pour donner accès à un récit de débâcle, tout en évitant soigneusement de dévoiler le cœur même du drame qui secoue Michel et Catherine ; la troisième partie, brève, percutante, montre en détail la scène qui a fait… tout chavirer.

Roman policier ? Oui. Roman psychologique aussi, et roman noir, ou plutôt roman en nuances de gris foncé. Roman habile : assurément.


Chaque livre que Biz publie fait beaucoup parler de lui. Il y a toujours un certain engouement autour de ses parutions. Personnalité d'abord connue grâce à son groupe de musique Loco Locass, il est devenu un auteur prolifique avec ses sept (je crois) romans. Les abysses était le premier roman pour adultes de lui que je lisais. J'ai lu il y a quelques années La chute de Sparte qui s'adresse plutôt aux adolescents et j'ai vu son adaptation au cinéma.

À la lecture de La chute de Sparte, j'avais reproché à l'auteur d'avoir "sentie" sa voix à plusieurs reprises. Je n'avais jamais totalement cru au narrateur adolescent. Ici, j'ai oublié Biz. J'ai pu embarquer dans l'histoire beaucoup plus facilement. S'il y a aussi certaines critiques sociales dans ce roman, elles sont plus subtiles et parfaitement intégrées au récit. 

Nous sommes transportés sur la Côte-Nord alors que Catherine vit des moments difficiles. Son père est emprisonné à la prison de Port-Cartier. Il a été accusé du meurtre d'un chasseur américain venu passer ses vacances près de leur chalet. Malgré tout, Catherine tente de poursuivre sa vie d'étudiante au cégep du mieux qu'elle peut avec, à ses cotés, son copain et son amie de longue date.

Malgré une fin prévisible, j'ai lu ce livre à toute vitesse. Évidemment, je voulais savoir si j'avais vu juste. Le rythme est prenant et l'enquête aussi. La relation père-fille est aussi intéressante bien qu'elle aurait pu être exploitée davantage. 

Bref, je ne me suis pas ennuyée une seconde avec ce roman même si la fin se devine longtemps d'avance. Je lirai assurément d'autres romans de cet auteur.

Un autre livre de Biz sur mon blogue : La chute de Sparte

Les abysses - Biz
Éditions Leméac 2019
144 pages

vendredi 15 novembre 2019

La mitaine perdue (Au beau débarras T.1) - Simon Boulerice & Lucie Crovatto

Résumé :

Ce jour-là, on gèle au Beau Débarras. Le chauffage est cassé et une précieuse mitaine a été perdue par le jeune Abdou. Sa maman y avait brodé avec amour un cœur en satin.

Danser pour se réchauffer, fouiller dans les mitaines retrouvées, faire la différence entre une moufle et une mitaine ou aiguiser ses talents d’artiste : toutes les solutions sont bonnes pour raviver la chaleur et le réconfort.

Personne ne sera laissé pour compte dans ce lieu où tout prend vie!


Au beau débarras, c'est la nouvelle série jeunesse du prolifique auteur Simon Boulerice. Il a collaboré avec l'illustratrice Lucie Crovatto pour concocter un album d'une grande beauté. Un bel objet soigné d'une couverture à l'autre !

Fidèle à ses habitudes, Simon Boulerice propose une histoire dans un univers fantaisiste. Le centre Au beau débarras est un endroit presque magique avec des objets qui bougent et des personnages haut en couleurs. Ils nous sont présentés dans une double page au tout début du livre. J'ai bien l'impression qu'ils seront présents dans la suite de la série. Par le biais de ses personnages, l'auteur continue de prôner la diversité et de combattre les stéréotypes de genre. L'un d'eux, Serge-Sophie, est un personnage non-binaire. C'est assez rare pour qu'on le souligne.

Chaque chapitre débute avec une horloge différente. J'aime beaucoup l'idée, les parents peuvent faire pratiquer la lecture de l'heure (une connaissance qui se perd avec tous les gadgets donnant l'heure numérique). J'ai aussi aimé les petites leçons de français de Madame Bouche-Cancan mais je ne saurais dire précisément à quel public ce livre s'adresse. Le niveau de langage me semble assez avancé.

Même si en tant qu'adulte on la voit bien venir, la fin est parfaite. Elle est très réaliste. Je me vois bien dire "Ne fais pas comme Abdou, cherche un peu mieux" lorsqu'un enfant aura perdu quelque chose.

Finalement, je suivrai la série avec intérêt même si les univers très fantaisistes ne m'attirent pas énormément. Je la lirai pour les personnages différents, pour le vocabulaire (j'espère le retour de Madame Bouche-Cancan) et pour les illustrations douces et magnifiques.

D'autres livres de Simon Boulerice sur mon blogue : Le dernier qui sort éteint la lumière, L'enfant mascara, Les garçons courent plus vite et Javotte

La mitaine perdue (Au beau débarras T.1) - Simon Boulerice & Lucie Crovatto
Éditions Québec Amérique 2019
48 pages

mardi 12 novembre 2019

Sur les traces de Cédrika Provencher - Stéphan Parent

Quatrième de couverture :

À l'été 2007, un drame survient secouant tout le Québec : une fillette de neuf ans de la région de Trois-Rivières est portée disparue. L'inquiétante nouvelle de la disparition de Cédrika Provencher fait les manchettes et alimente les médias des années durant, d'autant plus que le mystère entourant l'événement reste entier. Alors que le temps avance et que l'enquête piétine, Stéphan Parent, scénariste s'intéressant particulièrement aux cas d'enlèvements d'enfants, planche sur un nouveau projet. Le documentaire qu'il prépare se veut un outil pour prendre le relais là où les forces de l'ordre ont failli, et projeter sur grand écran des renseignements et indices susceptibles d'aider à retrouver la petite. Alors qu'il est contraint d'interrompre la réalisation de son long-métrage, Stéphan Parent ne peut se résoudre à garder sous silence les informations inédites qu'il a colligées au fil de ses démarches. Ce témoignage lève le voile sur ce qui n'a jamais été révélé au grand public.


Sur les traces de Cédrika Provencher devait, à la base, être un documentaire réalisé par Stéphan Parent sur la disparition de la fillette en 2007. Suite à de nouvelles découvertes et à la demande de la famille, il est contraint d'abandonner son projet après plusieurs heures de travail. Refusant tout de même de demeurer silencieux, il décide d'écrire à propos de ses propres démarches de recherches. Au cours de celles-ci, il a obtenues bon nombre de confidences qu'il juge pertinentes. De là est né ce livre qui est un témoignage de son enquête personnelle.

Il est difficile de parler d'un livre comme celui-ci qui aborde un sujet très sensible. Cependant, il est très intéressant mais choquant aussi. La disparition de Cédrika est une affaire qui m'a ébranlée et touchée d'autant plus qu'elle s'est déroulée près de chez moi. De savoir, des années plus tard, que des témoins importants n'ont pas été rencontrés par les policiers ou encore, que certains témoignages pertinents ont été écartés prématurément, c'est très fâchant. Certaines révélations sont d'ailleurs étonnantes. Stéphan Parent a redonné la parole à certains d'entre eux à travers ce livre.

Au final, je suis du même avis que Stéphan Parent : il faut continuer d'en parler pour un jour espérer connaître la vérité. Le coupable court toujours et tout ce qu'il désire, lui, c'est le silence. Il faut continuer de faire bouger les choses et refuser que cette affaire devienne un cold case. Ce livre est là pour ne pas oublier.

Sur les traces de Cédrika Provencher - Stéphane Parent
Éditions JCL 2019
248 pages

mardi 5 novembre 2019

Dans un rayon de soleil - Tillie Walden

Résumé :

Aux confins de l'espace, Mia s'engage sur un vaisseau dont l'équipage restaure des structures architecturales du passé. Alors qu'elle semble y trouver une nouvellle famille, ses souvenirs refont surface: cinq ans auparavant, elle a rencontré Grace au pensionnat et en est tombée éperdument amoureuse...


Tillie Walden. Le nom de cette bédéiste américaine ne vous est peut-être pas familier pour le moment mais je crois qu'il le deviendra dans les prochaines années. Plusieurs de ses bandes dessinées ont été traduites en français récemment et elles gagnent à être connues. Pour ma part, je l'ai découverte avec Spinning, une autobiographie qui mêlait adolescence, isolement, sport de haut niveau (patinage artistique) et découverte de l'homosexualité. C'est grâce à Spinning que j'ai osé me plonger dans l'album Dans un rayon de soleil. La science-fiction ne m'attire pas spécialement. Pourtant, j'ai beaucoup aimé.

Tout au long de l'histoire, nous naviguons entre le passé et le présent. Le présent, c'est Mia qui commence un nouveau boulot. Elle se joint à quatre autres collègues qui, à bord d'un vaisseau, vont restaurer de vieilles structures délabrées dans l'espace. Le passé, c'est lorsqu'elle était au pensionnat. Loin d'être une élève modèle, elle rencontre Grace alors qu'elle est convoquée en retenue. Grace changera sa vie. Elle en tombera éperdument amoureuse.

À l'instar de Spinning, cet album a un nombre impressionnant de pages. Il est vraiment lourd et très peu pratique pour la lecture. Cependant, il s'agit du seul reproche que je pourrais lui faire. Bien que l'univers soit très éloigné de ce que j'ai l'habitude de lire, j'ai embarqué dans cette histoire rapidement. Lorsque le présent se mêle au passé, c'est encore meilleur ! Les personnages sont intéressants et très loin des stéréotypes habituels. D'ailleurs, l'un d'eux, Ellie, est une personne non-binaire. On le mentionne dès les premières pages. Toutes les autres collègues de Mia sont des femmes car, étonnamment, il n'y a aucun homme dans cet univers. Rien n'est expliqué ni même souligné. Tout semble très naturel pour elles. Au départ, j'avais un peu de mal à les distinguer les unes des autres mais tout s'est vite réglé après quelques pages. J'ai beaucoup aimé les illustrations et les couleurs qui varient selon l'époque ou les émotions.

Je vous conseille tous cette belle grosse BD atypique. Et si jamais la science-fiction, le féminisme et les histoires d'amour, ça vous parle, c'est encore mieux !

Un autre album de Tillie Walden sur mon blogue : Spinning
Dans un rayon de soleil - Tillie Walden
Éditions Gallimard 2019
544 pages